Pollution par les pesticides : l’enjeu de préserver notre eau potable dès aujourd’hui

Une concertation record pour le SAGE Vilaine qui fait débat

3724 contributions pour le SAGE Vilaine. Jamais autant de personnes n’avaient participé à une concertation menée pour un Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE).

Le SAGE est un document qui vise, à l’issue d’une concertation, à établir des objectifs et des règles contraignantes pour améliorer la qualité de l’eau et la gestion de sa quantité sur un bassin versant. Le plus grand SAGE de France, le SAGE Vilaine, qui s’étend sur 508 communes (Ille-et-Vilaine, Loire Atlantique, Morbihan, Côtes d’Armor, Mayenne, Maine-et-Loire), est en phase de révision : depuis septembre 2025, il réalise un diagnostic de territoire et consulte les différents acteurs du bassin versant pour adopter de nouvelles règles.

Cette révision cristallise les tensions depuis que le SAGE a annoncé vouloir adopter une règle qui vise à interdire les herbicides de maïs sur les parcelles en forte pente près des points de prélèvement d’eau potable. La mesure visant l’interdiction des pesticides a été vivement contestée par la profession agricole. Pour manifester leur désaccord, les agriculteurs ont boycotté les discussions auxquelles ils étaient invités dans le cadre de la concertation et ont bloqué une réunion du SAGE.

Dans un contexte de revendications déjà fortes du monde agricole, le gouvernement a annoncé le 13 janvier un moratoire immédiat sur la politique de l’eau, mettant à l’arrêt toutes les décisions liées à l’eau jusqu’au salon de l’Agriculture, qui aura lieu du 21 février au 01 mars. Conséquence : l’adoption du SAGE Vilaine est entravée, les services de l’Etat ne peuvent plus participer à la concertation et le préfet ne peut plus ratifier (=valider de manière officielle) le SAGE.

Un cas délicat, qui illustre bien les conflits d’intérêts entre certaines pratiques agricoles et des enjeux de santé publique.

Qu’est-ce qu’un Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux ?

Le SAGE est un document de planification qui vise, à l’issue d’une concertation, à établir, à long terme, des objectifs et des règles contraignantes pour protéger les ressources en eau aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif et les écosystèmes aquatiques. Ces règles sont définies sur un territoire appelé “bassin versant”.

Un bassin versant est un territoire géographique qui concoure à l’alimentation d’un cours d’eau.

Schéma de fonctionnement d’un bassin versant.
Source : SAGE de l’Aulne.

Protéger la qualité de l’eau en France

Un débat breton qui n’est pourtant pas isolé en France.  En 2023, l’Agence nationale de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a montré que des métabolites du chlorothalonil, un pesticide interdit en 2019 pour ses risques cancérigènes, étaient détectés dans plus de la moitié des eaux destinées à la consommation. Dans certains départements, c’est plus de 80% des unités de distribution d’eau potable qui sont concernées par un dépassement des limites de qualité pour les pesticides.

Les scientifiques continuent d’alerter sur les risques de l’usage des pesticides dans les aires d’alimentation des captages d’eau potable (surface sur laquelle les eaux de pluie s’infiltrent pour alimenter le captage).  Dans ce cadre, une proposition de loi examinée le 12 février visait à limiter l’utilisation des pesticides sur les aires d’alimentation de captage dits prioritaires. Dans la dynamique des préconisations du SAGE Vilaine, la loi a été retirée, notamment en raison du grand nombre d’amendements qui a compliqué son étude.

En France, sur la période de 1980 à 2024, plus de 14 000 captages ont été fermés : 32% à cause de la dégradation de la qualité de l’eau, dont plus de 1800 pour leur teneur trop élevée en pesticides. C’est 40 captages par an.

Les pollutions diffuses d’origine agricole

Contrairement à une pollution « ponctuelle » (ex. rejet d’une usine), la pollution diffuse provient de l’ensemble des parcelles agricoles d’un territoire. Elle résulte principalement :

  • des engrais azotés et phosphatés

  • des produits phytosanitaires (pesticides et herbicides)

  • des effluents d’élevage

  • de l’érosion des sols

Ces substances sont entrainées par le ruissellement vers les rivières et s’infiltrent dans les nappes. Elles peuvent être responsables de dégradations de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques.

Schéma du ruissellement de l’eau et de l’érosion des sols

Penser à l’avenir

Sans se positionner sur les solutions à mettre en œuvre, le Parlement Français des Jeunes pour l’Eau, en tant que porte-voix de la jeunesse sur la politique de l’eau, est néanmoins inquiet par la situation de dégradation de la qualité des cours d’eau et des nappes phréatiques.

Ce n’est pas en opposant sujets agricoles et sujets environnementaux, ou les acteurs qui les portent, que les politiques doivent prendre des décisions. Pour qu’une nappe polluée retrouve une qualité satisfaisante, il pourrait falloir entre 10 et 20 ans sans pollution supplémentaire. Dès lors, il semble déraisonnable de remettre à plus tard ce sujet majeur de santé publique, comme l’a confirmée la Ministre de la Transition Ecologique lors du Comité Nationale de l’Eau du 11 février dernier.

Les solutions curatives qui visent, par exemple, à construire des usines de potabilisation de l’eau ne sont économiquement viables que ponctuellement, en plus d’être très énergivores. Très couteux, les traitements mis en place risqueraient en plus de n’être efficaces que pour les molécules connues et recherchées aujourd’hui. La prudence plaiderait avant tout pour la mise en œuvre de mesures préventives.

En ce sens, il est impératif que des actions concrètes et à la hauteur des enjeux soient entreprises dès aujourd’hui afin de préserver ce bien commun vital, ce qui nécessitera d’accompagner les acteurs économiques dans la transition écologique de leur secteur.